Chaque année, le scénario se répète.
Janvier est porté par l’élan des bonnes résolutions, puis février marque un premier décrochage. Moins de passages, moins d’engagement, premières demandes de résiliation ou d’abandon silencieux.
Pour les gérants de clubs fitness, ce phénomène n’est ni nouveau, ni anormal. Mais il pose une question clé : comment limiter le churn sans rigidifier l’expérience adhérent ?

Le pic de janvier… et la chute de février
Une dynamique connue sur le terrain
Janvier concentre une forte intention. Reprise du sport, objectifs santé, volonté de changement : l’élan est bien réel. Mais cette motivation initiale se heurte rapidement à la réalité du quotidien. Contraintes professionnelles et familiales, fatigue hivernale, attentes parfois irréalistes sur les résultats, manque de temps ou de régularité finissent par freiner l’engagement.
Dès février, une partie des nouveaux adhérents réduit alors sa fréquentation, souvent sans exprimer d’insatisfaction particulière. Le décrochage est progressif, silencieux, et rarement lié à un rejet du club en lui-même.
Un churn post-résolution structurel
Les données sectorielles publiées par IHRSA et EuropeActive montrent que les trois premiers mois sont déterminants, avec jusqu’à 4 nouveaux inscrits sur 10 qui décrochent partiellement ou totalement s’ils ne sont pas accompagnés. Une étude Les Mills Global Consumer Fitness Survey (2023) indique quant à elle que le manque de flexibilité perçue est l’un des trois premiers motifs de désengagement précoce.
Ce churn n’est pas un échec commercial ponctuel, mais un phénomène structurel lié aux usages réels des adhérents.

Suspendre, ce n’est pas perdre un client
Abandon, résiliation, pause : ne pas tout confondre
Il est essentiel, pour un gérant de club fitness, de distinguer les différentes formes de baisse d’engagement observées dans les statistiques de fréquentation et de rétention :
- la résiliation d’abonnement : une rupture claire du contrat et du lien avec le club, souvent définitive.
- l’abandon silencieux : l’adhérent ne fréquente plus la salle, mais continue parfois à payer sans pratiquer, jusqu’à une résiliation tardive.
- la suspension d’abonnement : une pause volontaire, encadrée et temporaire, avec une intention de reprise de la pratique sportive.
Dans la majorité des cas, la suspension d’abonnement fitness ne constitue pas un premier pas vers la sortie, mais bien une alternative à la résiliation, permettant de maintenir le lien entre le club et l’adhérent pendant une période de désengagement.
La suspension comme outil de rétention
Les chiffres vont dans ce sens : 51,7 % des consommateurs préfèrent suspendre plutôt que résilier lorsqu’une option de pause est proposée (Recurly, State of Subscriptions 2024). Concernant la durée d’abonnement, 65 % des adhérents déclarent rester plus longtemps lorsqu’ils peuvent adapter leur abonnement à leur rythme de vie (Bizbot, 2024).
Proposer une suspension, ce n’est pas “laisser partir” : c’est maintenir le lien.

Souplesse contractuelle vs rigidité
Quand la rigidité accélère le churn
Imposer un engagement ferme face à une pratique sportive irrégulière produit souvent l’effet inverse de celui recherché. L’adhérent développe un sentiment d’injustice (« je paie sans venir ») qui se transforme progressivement en frustration, puis en perte de confiance envers le club.
Lorsque l’occasion se présente, la résiliation d’abonnement devient alors une réaction logique, parfois brutale.
Plus le cadre contractuel est perçu comme contraignant, plus l’adhérent cherche à s’en extraire, non pas par manque d’intérêt pour le sport, mais par inadéquation entre les règles imposées et sa réalité quotidienne.
Adapter ses règles aux usages réels
Les clubs qui réussissent à limiter le churn sur la durée ne sont pas ceux qui verrouillent leurs abonnements, mais ceux qui acceptent la saisonnalité de la pratique sportive. Ils reconnaissent que les pauses font partie du parcours adhérent, et les intègrent comme un usage normal plutôt que comme une anomalie à sanctionner.
Encadrer la flexibilité ne signifie pas renoncer aux règles. Cela consiste à définir des règles alignées avec la réalité terrain, compréhensibles pour l’adhérent, et perçues comme justes. La souplesse contractuelle, lorsqu’elle est bien structurée, devient alors un levier puissant de fidélisation et de rétention.

Responsabiliser l’adhérent plutôt que le contraindre
Donner de l’autonomie via les outils digitaux
Permettre à l’adhérent de gérer lui-même son abonnement via une application mobile ou un espace client en ligne transforme profondément la relation avec le club. Suspension temporaire, reprise d’accès, consultation des droits ou de la durée d’engagement : ces actions réalisées en autonomie réduisent les frictions avec l’accueil, limitent les demandes conflictuelles et renforcent la transparence.
Pour le club, cette digitalisation du parcours adhérent permet un gain de temps opérationnel. Pour l’utilisateur, elle génère un sentiment de maîtrise et une relation plus sereine avec son abonnement.
Le rôle psychologique du “je maîtrise mon abonnement”
Les travaux en économie comportementale montrent que le sentiment de contrôle est un facteur clé d’engagement sur la durée. À l’inverse, une contrainte perçue comme subie accélère le désengagement et favorise la résiliation.
Selon une analyse publiée par la Harvard Business Review (Customer Autonomy & Retention, 2022), les clients à qui l’on donne davantage d’autonomie dans la gestion de leur relation contractuelle présentent un taux de fidélisation significativement plus élevé.
Dans ce contexte, un adhérent qui choisit de suspendre temporairement son abonnement est souvent un adhérent qui choisira aussi de revenir, car il n’a jamais perdu le contrôle de son parcours.
Mieux vaut une pause qu’une disparition
Limiter le churn après la période des bonnes résolutions ne repose ni sur des promesses irréalistes, ni sur un durcissement des règles. La clé réside dans une flexibilité encadrée, claire et assumée, pensée pour accompagner les usages réels des adhérents.
La rétention ne se construit pas dans l’opacité. Elle se construit dans la confiance, en respectant le rythme, les pauses et les contraintes de chacun. Un adhérent qui suspend reste dans la relation. Un adhérent qui résilie en sort.
Dans un contexte où la fidélité se joue sur l’expérience globale, il est souvent plus pertinent d’accompagner une pause que de subir une rupture. Si vous souhaitez échanger sur la manière de structurer cette flexibilité dans votre club et d’en faire un levier concret de rétention, planifions un échange.

